Riba en islam : comprendre son interdiction et l’éviter

par | Juin 10, 2022 | Education financière, Investissement, Islam

Assalamou aleikoum wa rahmatou llahi wa barkâtouh,

    Le riba en islam fait partie des péchés majeurs. Malheureusement, al riba est méconnu du grand public. La majeure partie d’entre nous tombe un jour dans cette interdiction sans la comprendre. Dans cet article, nous expliquons humblement ce qu’est le riba, communément traduit par l’usure, en islam, quelques une de ses formes dans l’économie moderne et comment les éviter. Toute erreur vient de nous-mêmes et la réussite vient d’Allah.

    1. Qu’est-ce que le riba en islam ?

    Chaque terme utilisé dans la terminologie religieuse possède 2 définitions : linguistique et islamique. C’est le cas du mot « al-riba ».

    1.1. Al Riba en arabe

    Al-ribâ (الربا) est le nom d’action du verbe rabâ (ربا), qui signifie «s’étendre», «croître», «ajouter», selon la définition du dictionnaire al-ma’ânî, confirmée par le lisan al-‘arab (6/92).

    Ribâ en arabe signifie donc que la chose désignée «s’étend» et «croît». Cette définition linguistique est confirmée par le verset 276 de la sourate al Baqara, qui dit, selon une traduction rapprochée :

    « Allah anéantit le riba et Il fait croître les aumônes. Et Allah n’aime pas le mécréant, pécheur. »

     يَمْحَقُ ٱللَّهُ ٱلرِّبَوٰا۟ وَيُرْبِى ٱلصَّدَقَٰتِ ۗ وَٱللَّهُ لَا يُحِبُّ كُلَّ كَفَّارٍ أَثِيم 
    سورة البقرة، الآية 276

    Le terme traduit par croître est le verbe rabâ. Le terme riba en arabe est souvent traduit en français par « usure ». L’usure, en français, désigne un ajout abusif et démesuré. En langue arabe, al riba désigne tout ajout, important ou non. Cette traduction doit être utilisée avec prudence et conscience, afin de ne pas s’égarer et égarer.

    Petite précision : nous avons décidé de faire référence au terme Ribâ au masculin, comme il est le cas en arabe. Le mot Ribâ n’existe pas en français à proprement parler, il s’agit ici d’un emprunt de l’arabe, car aucune équivalence exacte n’existe en dehors de la langue arabe.

    1.2. Définition du riba en islam

    Le riba en islam se définit comme étant un avantage perçu par l’un des contractants sans aucune contrepartie acceptable et légitime islamiquement parlant dans le cadre d’un prêt (ribâ al-nasî’a) ou d’un troc déséquilibré des produits alimentaires (riba al-fadl).

    Selon la terminologie islamique, al riba est un ajout conditionné au moment du contrat de vente ou de prêt. Il n’existe pas de riba en dehors de ceci.

    Le savant Mohammad Ibn Sirin a dit : « Tout prêt qui comporte un avantage est interdit.»

    Rapporté par ‘Abder Razaq dans son Moussannaf n°14657 et authentifié par Ibn Hazm dans Al Mouhala vol.8 p.86.

    L’imam Ibn Hazm a dit : « Le Riba ne peut avoir lieu que dans la vente, le prêt ou le salam (*). Personne n’a divergé sur ceci. »

    Al Mouhala, point 1478, vol 8 p.467. (*) le salam est une forme de vente.

    Par exemple, une femme prête à sa voisine 2 robes. Elles se mettent d’accord pour que les robes soient rendues dans 6 mois, en y ajoutant un accessoire. Cet ajout, conditionné au moment du prêt, est du riba en islam.

    Dans l’économie moderne, nous devons agir avec prudence car le « riba déguisé » est fréquent. Il existe, dans certains pays, une pratique qui consiste à dire qu’un taux d’intérêt faible et « raisonnable » lors d’un prêt n’est pas du riba, mais une fâ’idah (littéralement, un bénéfice, un bien). Ils considèrent que seul un taux excessif est considéré comme de l’usure. Ceci est incorrect : le riba en islam commence dès le premier ajout. Cette pratique semble prendre en compte la définition française et non islamique du riba « usure », et Allah est plus savant. Raison pour laquelle il est nécessaire de revenir à un lexique islamique précis.

    1.3. Les types de riba en islam

    Il existe 2 types de riba islam : le riba al fadl, dit de solde, et le riba al nasî’ah, dit de report.

    • Riba al fadl : l’usure dans le troc ou la vente de biens

    Le riba al fadl désigne tout surplus concret perçu lors d’un échange direct entre deux biens qui se vendent au poids ou à la mesure. L’un des principaux hadiths sur riba et son interdiction mentionne l’interdiction du surplus :

    Le Prophète ﷺ a dit :  « De l’or contre de l’or, de l’argent contre de l’argent, du blé contre du blé, de l’orge contre de l’orge, des dattes sèches contre des dattes sèches, du sel contre du sel : quantité égale contre quantité égale, main à main. Celui qui donne un surplus ou prend un surplus tombe dans l’intérêt… » Hadith rapporté par Muslim, n°1584.

    Ce hadith pose des problématiques d’égalité de mesure et de poids dans nos échanges commerciaux. Il devient strictement interdit d’échanger les produits cités entre eux, avec un surplus. En pratique, vendre 500 grammes de dattes contre 600 grammes est du riba. À notre époque, cette forme de riba ne peut pratiquement subsister que sur l’or et l’argent, du fait de la disparition quasi-totale du troc.

    Les savants des différentes écoles juridiques ont divergé sur le sens exact de ce hadith et de ce qu’il implique. Il y a consensus sur le fait que le riba al fadl existe dans les 6 catégories citées par le hadith : or, argent, blé, orge, dattes, sel. Et il y a divergence sur le fait de faire ou non une analogie avec d’autres catégories. Cette divergence concerne uniquement le riba sur la vente.

    • Riba an nasi’ah : l’usure dans le prêt

    Le riba an nasi’ah est une forme de riba lié au report de paiement. C’est une forme de prêt. Le riba dans le prêt concerne toute chose, par consensus des savants, y compris les monnaies de notre époque.

    L’imam Ibn Hazm a dit : « Le riba dans le prêt concerne toutes les choses. Cela est un consensus certain. »

    La règle générale est que tout prêt qui comporte un avantage pour l’un des contractants est du riba. Nous ne pouvons nous limiter aux 6 catégories citées dans le hadith sur riba al-fadl. En pratique, prêter 500 grammes de blé, contre 1 kilogramme dans 6 mois est du riba. Prêter 100 euros contre 150 euros dans 2 semaines est du riba. Ceci, à l’unanimité des savants.

    2. L’interdiction du riba dans l’islam

    L’interdiction du riba dans le Coran et la sunnah fait l’objet d’un consensus.

     2.1. Versets sur le riba en islam

    Les versets sur le riba dans le Coran sont nombreux. Nous en avons sélectionné un petit nombre, afin d’exposer sa gravité.

    «Ceux qui mangent [pratiquent] de l’intérêt usuraire ne se tiennent (au jour du Jugement dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé. Cela, parce qu’ils disent: “Le commerce est tout à fait comme l’intérêt” alors qu’Allah a rendu licite le commerce, et illicite l’intérêt.». Traduction approchée du début du verset 275 de sourat al Baqara.

    ٱلَّذِينَ يَأْكُلُونَ ٱلرِّبَوٰا۟ لَا يَقُومُونَ إِلَّا كَمَا يَقُومُ ٱلَّذِى يَتَخَبَّطُهُ ٱلشَّيْطَٰنُ مِنَ ٱلْمَسِّ ۚ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُوٓا۟ إِنَّمَا ٱلْبَيْعُ مِثْلُ ٱلرِّبَوٰا۟ ۗ وَأَحَلَّ ٱللَّهُ ٱلْبَيْعَ وَحَرَّمَ ٱلرِّبَوٰا۟

    سورة البقرة، الآية 275

    Ici, il y a également une réponse à l’argumentation, encore existante de nos jours, consistant à dire que le riba, l’usure, est une forme de commerce. La vente de biens avec profit est encouragée et louable en islam, tandis que les intérêts sont formellement interdits.

    « Ô les croyants! Craignez Allah; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, alors recevez l’annonce d’une guerre de la part d’Allah et de Son messager. Et si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux. Vous ne léserez personne, et vous ne serez point lésés ». Traduction approchée des versets 278-279 de sourat al Baqara

    يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَذَرُوا۟ مَا بَقِىَ مِنَ ٱلرِّبَوٰٓا۟ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ. فَإِن لَّمْ تَفْعَلُوا۟ فَأْذَنُوا۟ بِحَرْبٍۢ مِّنَ ٱللَّهِ وَرَسُولِهِۦ ۖ وَإِن تُبْتُمْ فَلَكُمْ رُءُوسُ أَمْوَٰلِكُمْ لَا تَظْلِمُونَ وَلَا تُظْلَمُونَ

    سورة البقرة، الآية 278 و 279

    Ce verset prouve qu’al riba fait partie des péchés majeurs en islam. Ce point est détaillé dans le livre “Commentaires sur les Grands Péchés de l’Imam Adh-Dhahabi”, du sheikh Āl-‘Uthaymīn.

    «Tout ce que vous donnerez à usure pour augmenter vos biens au dépens des biens d’autrui ne les accroît pas auprès d’Allah, mais ce que vous donnez comme Zakat, tout en cherchant la Face d’Allah (Sa satisfaction)… Ceux-là verront [leurs récompenses] multipliées». Traduction approchée du verset 39 de sourat Ar-Rûm

    وَمَآ ءَاتَيْتُم مِّن رِّبًۭا لِّيَرْبُوَا۟ فِىٓ أَمْوَٰلِ ٱلنَّاسِ فَلَا يَرْبُوا۟ عِندَ ٱللَّهِ ۖ وَمَآ ءَاتَيْتُم مِّن زَكَوٰةٍۢ تُرِيدُونَ وَجْهَ ٱللَّهِ فَأُو۟لَٰٓئِكَ هُمُ ٱلْمُضْعِفُونَ

    سورة الروم، الآية 39

    2.2. Hadith sur le riba en islam

    De nombreuses preuves issues de la sunnah du prophète ﷺ viennent également appuyer l’interdiction. Nous en avons sélectionné quelques-unes, parmi les plus importantes.

    Le Prophète ﷺ a dit: « Un dirham de riba qu’un homme reçoit sciemment est pire que de commettre l’adultère trente-six fois ». Rapporté par at-Tabarani et authentifié par le sheikh Albani dans Silsila Sahiha n°1033.

    D’après Jabir Ibn ‘Abdillah, le prophète ﷺ  a maudit celui qui mange le Riba (1), celui qui le lui fait manger (2), celui qui l’écrit (3) et les deux témoins (4) et il a dit : « Ils sont égaux (5) ».

    Rapporté par Muslim dans son Sahih n°1598. (1) C’est-à-dire la personne qui prend le Riba. (2) C’est-à-dire la personne qui donne le Riba. (3) C’est-à-dire la personne qui écrit le contrat. (4) C’est-à-dire les témoins de la transaction. (5) C’est-à-dire dans le péché.

    3. Le riba dans la finance classique : les formes les plus fréquentes en France

    L’économie traditionnelle est basée en grande partie sur le riba a-nasi’ah. Il s’apparente au prêt à intérêts usuraires de notre époque. Le musulman doit tout faire pour s’en prémunir. Le croyant doit commencer par s’informer, car le savoir met à l’abri du péché.

    3.1. Les intérêts en islam : le crédit immobilier

    Le crédit immobilier consiste à signer un accord avec la banque, afin d’emprunter la somme nécessaire à l’achat d’un appartement ou d’une maison. En contrepartie du prêt et du remboursement échelonné, généralement sur plusieurs années, l’emprunteur rembourse avec des intérêts.

    Ce contrat comporte du riba al fadl : la banque échange de la monnaie contre son équivalent, avec un surplus. Ainsi que du riba an nasi’ah, car l’ajout est justifié par le report du paiement.

    Cette forme de riba est certainement la plus fréquente. Elle est d’ailleurs légitimée par certains, du fait de la prétendue « nécessité » d’acquérir un bien immobilier. En réalité, cette affirmation est faussée dès le départ, pour 2 raisons.

    • Il est possible de vivre normalement et décemment sans posséder sa résidence principale, dans la majeure partie des cas.
    • Avec les bonnes méthodes et le bon état d’esprit, le tawakkul ‘al Allah, nous sommes en mesure d’acquérir un bien immobilier, sans passer par un crédit bancaire. C’est d’ailleurs ce dont nous témoignons dans notre livre “Propriétaire sans ribâ”, racontant notre parcours d’achat d’un appartement en Ile de France, sans avoir recours au crédit (et sans l’héritage d’une tante fortunée). Cela requiert de faire les causes, avec patience et persévérance, de connaître les bonnes méthodes, mais rien n’est impossible avec l’aide d’Allah. 

    Le crédit immobilier soulève également la question de l’endettement sur une longue durée. Mourir avec une dette n’est pas à prendre à la légère en islam. Il vaut mieux être proactif pour se libérer de tout crédit le plus vite possible.

    3.2. Les livrets d’épargne

    Les livrets d’épargne type livret A sont également illicites d’un point de vue islamique et comportent du riba.

    Lorsqu’une somme d’argent est déposée sur ces comptes, il s’agit en réalité d’un prêt fait à la banque. L’argent est prêté et l’établissement bancaire en dispose comme il le souhaite. Cela pose aussi des problèmes éthiques : dans quoi notre épargne est-elle dépensée et que finance-t-elle ?

    En contrepartie, la banque verse chaque année des intérêts pour « remercier » le prêteur. Cet ajout est conditionné dans le contrat et le taux est su au préalable et garanti. Il y a donc monnaie contre monnaie, avec un surplus. Il s’agit très explicitement d’al riba.

    Pour assurer une épargne, 2 solutions simples et licites, et même beaucoup plus rentable pour la deuxième par rapport aux livrets qui ne couvrent généralement même pas l’inflation :

    • Ouvrir un second compte courant, dédié à l’épargne, en limitant les risques de sécurité comme expliqué dans l’article : “Livrets d’épargnee : halal ou haram” , et/ou
    • Acheter de l’or physique de façon simple et sécurisée grâce au compte Inaia Gold Dinar. C’est ce que nous privilégions, notamment pour épargner pour nos enfants, car cela a l’avantage de ne pas être géré par une banque basée sur le riba, et d’être en plus très profitable ! Par exemple, 5870€ épargnés en or en 2002 valent 30.000€ en 2022, et cela sans aucun effort quelconque de la part de l’épargnant/investisseur.

    4. Références bibliographiques autour du riba en islam

    Pour en apprendre plus sur le riba en islam, nous vous conseillons ces livres, disponibles en français.

    • Le meilleur livre de référence sur le ribâ (livre de religion) : « Riba et certaines de ses formes dans l’économie moderne »  de Cheykh Sālih āl-Fawzan,
    • Notre témoignage et guide (pas un livre de religion) : « Propriétaire sans riba ».

     

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    Auteur, entrepreneur, investisseur

    • Je suis co-auteur avec mon épouse de Propriétaire sans ribâ
    • Je transmets l’éducation financière conforme à l’éthique islamique
    • J’aime la clarté, la simplicité et la rigueur
    • Je préfère mille fois vivre sous un pont que d’acquérir ou consommer de l’illicite

    2 Commentaires

    1. Meriem

      Merci beaucoup pour cet article très riche, j’ai beaucoup appris. Barak Allah oufik !

      Réponse
      • Rich Muslim Dad

        Wa fiki barak’Allah. Nous en sommes ravis, alhamdulillah.

        Réponse

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