Dropshipping : Permis en Islam ? Ethique ?

par | Mai 27, 2020 | Education financière, Entreprenariat, Islam, Web entreprenariat

Assalamou aleikoum wa rahmatou llahi wa barkâtouh,

La question du dropshipping est beaucoup revenue sur Instagram et je souhaitais apporter une réponse complète.

1. Définition et principe du dropshipping

Le Dropshipping est une nouvelle pratique qui a émergé ces dernières années. Pour mettre tout le monde sur un même niveau d’information, je te synthétise brièvement le principe depuis la perspective d’un vendeur en ligne. 

Dans le cadre d’une activité de e-commerce, ce vendeur en ligne décide de vendre un certain type de produits à des clients potentiels sur son site web, un site marchand.

Processus général d’un e-commerce classique :

  1. Le vendeur en ligne produit de la marchandise ou l’achète auprès de fournisseurs (ou à des intermédiaires). 
  2. Après achat, ce vendeur en ligne entrepose sa marchandise, soit sous sa responsabilité ou bien chez un partenaire.
  3. A travers son site marchand ou toute autre plateforme numérique (Amazon par exemple), il met en vente ses produits permettant à des clients de passer commande.
  4. Ces derniers choisissent des articles, renseignent leurs informations personnelles comme l’adresse et valident la commande.
  5. Le vendeur en ligne confirme la commande puis expédie les articles dans un délai convenu à l’avance, qui dépend du mode de livraison choisi par les clients.

Dans ce schéma, les clients achètent un produit que possède le vendeur en ligne quelque soit le lieu où il est entreposé.

Processus général en dropshipping :

Avec le dropshipping, le schéma est différent : 

  1. Le vendeur crée un site marchand à l’aide de Shopify, WooCommerce (WordPress), Bigcommerce ou autre, puis entre en contact via ces plateformes avec des fournisseurs pour mettre en vente un ou plusieurs de leurs articles.
  2. Il fait la promotion de ces produits, sans les posséder, sur internet (réseaux sociaux, publicité…)
  3. Le client choisit des articles et passe commande sur le site du dropshipper et renseigne son adresse de livraison.
  4. Après cela, le site marchand transmet les références, quantités et adresses du client au fournisseur directement.
  5. Le vendeur en ligne règle le fournisseur pour cette commande à un prix moindre.
  6. Le fournisseur livre les articles directement au client sans se dévoiler.

Dans ce schéma là, le vendeur en ligne joue le rôle d’intermédiaire entre le fournisseur qui produit et expédie, et le client qui achète les articles. Le vendeur en ligne met en vente des produits qu’il ne possède pas. C’est malgré tout une pratique légale du moment qu’elle est déclarée.

Le dropshipping est un concept qui signifie « vendre ce qu’on ne possède pas ». Cette méthode permet de monter une boutique en très peu de temps, sans constituer de stocks. Le vendeur fait un travail de communication à travers son site de dropshipping, et se rémunère avec la marge faite sur chaque produit.

Pourquoi ça concerne beaucoup plus de gens qu’il n’y paraît ? Parce que depuis quelques temps, on voit de plus en plus de placements de produits et de publicités vantant les mérites de produits révolutionnaires qui ne se trouvent supposément nulle part ailleurs ou bien qui répondent à un besoin en vogue sans être forcément onéreux. Très souvent, il s’agit de dropshipping, sans que le client n’en soit conscient.

2. Ethique et pratiques communes du dropshipping 

Intéressons-nous à 5 pratiques très courantes dans le dropshipping. Ce qui va suivre ne concerne pas tous les sites de dropshipping, mais une partie dont les comportements sont à proscrire quelle que soit la méthode de vente :

 

1. De nombreux sites vendent des produits nocifs

De nombreux produits vendus sur des sites de dropshipping ne respectent pas les normes européennes en terme de santé. Les sites n’hésitent pas à vendre des produits « tendance » pouvant nuire à la santé et provoquer des réactions cutanées et autres. Cela concerne principalement l’habillement et la cosmétique. 

2. De nombreux sites sont trompeurs

Certains sites qui pratiquent le dropshipping font ou laissent croire que la conception est in situ et que le vendeur maîtrise tout ou partie de la conception et/ou la fabrication ainsi que l’expédition.

L’illusion est telle que le client pense que c’est le site qui produit ou vend puis livre ses articles. Il ne se doute pas du tout que dès que la commande est réalisée, le rôle du vendeur est déjà terminé et que le site ne fait que transmettre automatiquement la commande au réel fournisseur, généralement basé en Chine. Il ignore presque toujours que le même produit est disponible sur d’autres sites tels que Aliexpress à bien moindre coût, et qu’il s’agit du même produit

3. De nombreux sites pratiquent des marges excessives et trompent sur la valeur réelle du produit

Une pratique sur ces sites est d’afficher constamment des prix soldés, en barrant un prix initial supposé très cher. Cela laisse imaginer que le produit a une valeur très supérieure à sa valeur réelle et que le client a accès à l’affaire du siècle. En réalité même le prix soldé reste largement supérieur à la valeur réelle du produit pratiqué par le fournisseur, généralement en Chine.

Une montre ou un appareil digital vendus une trentaine d’euros sont en réalité jusqu’à 5 à 10 fois moins cher sur les sites des fournisseurs (AliExpress, Wish, etc..), pour exactement le même produit.

Se faire une marge n’est pas un problème, c’est normal, le vendeur peut fixer le prix qu’il souhaite dans la limite du raisonnable. Si le client est d’accord, alors la transaction peut avoir lieu. 

Par contre, sur certains sites, les produits sont affichés constamment en soldes ou promotion agressive avec l’illusion que si l’achat n’est pas fait dans les heures qui suivent, alors la promotion disparaîtra, ce qui est faux et mensonger. L’objectif est de jouer sur les biais cognitifs du client pour le pousser à l’achat.

Vendre un produit à 29€ avec un 150€ barré, quand il a été acheté à moins de 3€ n’est pas une pratique exemplaire. 

4. De nombreux sites mentent sur la qualité des produits

Certaines boutiques en ligne mentent sur la qualité des produits vendus, ou encore pire vendent de la contrefaçon en faisant croire qu’il s’agit de produits originaux.

Les produits expédiés ne sont pas conformes aux descriptions élogieuses qui laissent penser qu’il s’agit des produits d’origine et/ou de grande qualité. Pire encore, il peut s’agir de contrefaçons présentées avec l’illusion que ce sont de vrais produits et qu’il s’agit de déstockage de grandes enseignes de la mode, du luxe ou de la high-tech.

S’il s’agit d’une contrefaçon avérée, il faut savoir que dans la majorité des pays européens, comme la France, la vente ainsi que l’achat de produits de contrefaçon sont interdits.

5. De nombreux sites affichent une garantie satisfaction et ne la respectent pas

Certaines boutiques proposent une garantie de satisfaction avec retour possible du produit pour échange ou remboursement si le client n’est pas satisfait et qu’il fait les démarches sous un délai imparti. Or les délais de livraison des produits sont des fois supérieurs au délai de rétractation, rendant impossible au client d’utiliser son droit.

Les produits sont reçus plusieurs jours après la commande. Si le client n’est pas satisfait du produit reçu, il n’a pas la possibilité de le rendre car le délai de rétractation est déjà passé.

Conclusion de la partie : L’empathie dans le commerce

Mon article ne se veut pas à charge contre le dropshipping. Mais l’appât du gain facile amène à certaines dérives qui impactent les plus vulnérables.

Si ton activité de commerce en ligne recourt à au moins une de ces 5 pratiques, pose-toi des questions sur la nature licite et éthique de ton activité. Je t’invite à l’empathie dans ton commerce, ce qui est le garant d’un commerce éthique, purifié et durable.

Réponds à cette question sincèrement : Serais-tu prêt à acheter ton propre produit ou le faire acheter par des personnes que tu aimes ? 

D’après Anas Ibn Malik qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ a dit: 

« Aucun de vous ne sera croyant jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui même » 

Rapporté par Boukhari et Mouslim

 

3. Le dropshipping halal ou haram en islam ?

Pour les sites web de Dropshipping qui ne présentent pas de pratiques immorales, interrogeons-nous sur le caractère licite du concept d’un point de vue de l’islam.

Peut-on faire du dropshipping ? Est-il licite (halal) ? Je me réfère uniquement à l’avis des savants, qui basent leurs avis sur la parole d’Allah ﷻ et de Son messager ﷺ.

La question a été précisément posée au cheikh ‘Ali ben Abdelaziz Moussa, en lui expliquant le principe du dropshipping. (voici une des fatwas sur le dropshipping)

Sa réponse : 

Cette vente est une vente illicite (haram).

C’est une vente de ce que la personne ne possède pas, d’après le Hadith de Ibnu Hizâm, qu’Allâh l’agrée, le prophèteﷺ a dit: « Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas » 

Il n’est pas permis au musulman de vendre ce qu’il n’a pas et il ne lui est pas permis de vendre ce qu’il ne possède pas. 

 Il semble que le questionneur, et d’après ce qui est compris de la question, vend une chose qu’une autre personne possède.

 Mais si il veut acheter la marchandise chez l’autre personne, il l’achète pour lui puis la vend, il n’y a pas de mal à cela.

 Il ne fait aucun doute que le premier qui possède la marchandise n’est pas d’accord pour cela car il l’a pris pour courtier (سمسار) ou intermédiaire et non pour vendeur et comment il peut vendre une chose qu’il ne possède pas ?

 Ceci est illicite pour lui et il doit se repentir à Allâh de cela.

L’avis religieux nous montre que dans la grande majorité des cas, le dropshipping n’est pas permis. Même s’il est pratiqué avec :

  • une marchandise bien renseignée sur le site marchand mais non spécifique (les clients achètent en réalité une référence de produit), 
  • des caractéristiques et un prix de la marchandise explicites et sans équivoque pour le client, 
  • une complète transparence sur le délai de livraison et la possibilité de retourner la marchandise en cas de non satisfaction, dans le cadre d’un échange ou remboursement,

cela reste pour autant non licite (haram)

…dans le cas très commun où la commande est passée par client auprès d’un vendeur qui ne possédait pas la marchandise à ce moment précis

En effet, il s’agit d’une vente de ce que la personne ne possède pas, ce qui est interdit par le hadith « Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas ».

On peut toujours trouver un prédicateur qui dira ce qu’on a envie d’entendre et fera en sorte de rendre licite ce qui ne l’est pas. Mais soyons honnêtes avec nous-mêmes et sincères dans notre approche.

4. Du coup, comment faire ?

A la lumière de ces éléments, on voit que la majorité des cas de dropshipping est illicite et/ou immorale.

Cependant, si l’on s’éloigne des pratiques trompeuses, et que l’on respecte la condition de possession des produits qui rend licite cette vente, alors le dropshipping peut être permis.

Mes recherches m’ont permis de vous présenter deux alternatives :

1. Le vendeur qui assume le rôle d’agent intermédiaire et qui perçoit une commission sur les ventes

La première méthode permise est d’informer le client, de manière explicite et sans équivoque, que le site en ligne ne possède pas la marchandise affichée, et qu’il ne fait que la procurer au client de chez le réel vendeur.

Dans ce cas, le vendeur en ligne (le dropshipper) est un agent intermédiaire, qui touche une commission en échange de l’effort fourni pour déclencher l’achat. Il agit en tant que “courtier” autorisé par le client qui demande la marchandise. Agir pour le compte d’un vendeur tiers en échange d’une commission est permis en Islam, mais il doit informer le client de la commission qu’il touche sur cette vente.

Il transmet ensuite la demande au fournisseur, qui livrera directement au client. Puis il établit le contrat de vente directement avec le client, car il agit en tant que courtier agissant pour le compte du fournisseur.

2. Un transfert de responsabilité entre le fournisseur et le vendeur AVANT la vente au client

Avant de commencer cette partie, distinguons les notions, qui dans ce contexte particulier se traduisent ainsi :

  • « Liability » : responsabilité.
  • « Asset » : détention.

Cette distinction est importante, et indique 2 niveaux de possession d’une marchandise, d’abord le transfert de « responsabilité », puis la « détention » du produit.

L’école malikite permet un schéma de vente très proche du dropshipping classique, permettant de vendre un produit avant de le détenir. Néanmoins, cela nécessite que la responsabilité (liability) ait été transférée du fournisseur vers le vendeur en ligne (dropshipper) avant que le client final ne puisse passer sa commande. Le vendeur achète d’abord un stock auprès du fournisseur (transfert de responsabilité), mais ne le reçoit pas. La marchandise lui est réservée, et il assume les risques liés. Un fois cette responsabilité transférée, il peut vendre le produit au client final sur son site.

Par exemple :

  • Le vendeur, qui est en France, commande un stock de produits de chez le fournisseur qui est en Chine. 
  • Le vendeur peut vendre le produit sur son site, au client final qui est en Belgique. 
  • Le vendeur demande au fournisseur de livrer le produit directement au client final.

Dans l’école malikite, cette transaction est valide, si le transfert de responsabilité s’est fait entre le fournisseur et le vendeur en ligne avant que le vendeur en ligne ne déclenche la vente du produit au client final.

Mot de la fin

Pour se mettre en conformité vis-à-vis d’une situation personnelle, demande toujours à un Savant en sciences religieuses qui soit également au fait des sujets liés au commerce et au transactions financières (fiqh al mu’âmalât). Cet article a pour but d’éclairer sur les concepts et de vous renseigner sur les différents cas de figure, mais il faut toujours revenir vers les savants.

Allah est le plus Savant. 

Salam.

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Rich Muslim Club

Auteur, entrepreneur, investisseur

  • Je suis co-auteur avec mon épouse de Propriétaire sans ribâ
  • Je transmets l’éducation financière conforme à l’éthique islamique
  • J’aime la clarté, la simplicité et la rigueur
  • Je préfère mille fois vivre sous un pont que d’acquérir ou consommer de l’illicite

1 Commentaire

  1. Rahma raho

    Merci pour le livre riche en renseignements, Allah y barik

    Réponse

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